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Pendant une longue période, Guy s'est amusé à écrire à droite et à gauche pour faire valoir ses idées.
Il était abonné au célèbre Wall Street Journal, et était content quand ses lettres y étaient publiées, ce qui est arrivé plusieurs fois.
Vous trouverez ci-dessous certaines de ces lettres à destinataires publics, qui sont intéressantes à lire... si je les trouve sous forme numérique ou si j'ai le courage de les taper ou OCRiser.

1. aux espérantistes - 27/02/2005

Présentation - af
    Guy avait étudié l'allemand au lycée, puis s'était mis à l'anglais pour son travail de chercheur au CNRS, et un peu au russe.
    Il avait abandonné l'allemand pendant quelques décennies, puis s'y était remis au prix d'un travail acharné (on en trouve la trace sous la forme de centaines de pages noires de colonnes de vocabulaire de son écriture minuscule) qui lui a permis en deux ans de parvenir à un niveau lui permettant de s'essayer à lire dans le texte les grands philosophes allemands, et même de se risquer à les retraduire.
    Il s'était aussi pris d'intérêt, et même d'affection si je puis dire, pour l'esperanto, cause déclarée par avance perdue par Descartes en 1629 (lettre à Mersenne du 20/11/1629 - éd. Pléiade page 911 << or je tiens que cette langue est possible...... Mais n'espérez pas de la voir jamais en usage; cela présuppose de grands changements en l'ordre des choses, et il faudrait que tout le monde ne fut qu'un paradis terrestre, ce qui n'est bon à proposer que dans le pays des romans. >>, mais qui n'en a pas moins suscité de grands et méritoires efforts.
 
La lettre de Guy

Chers Espérantistes,

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt dans le dernier Monde de l'Esperanto votre compte-rendu de votre dernière entrevue avec un officiel du Ministère de l'Education Nationale, en vue d'introduire l'Esperanto comme option au Baccalauréat.

Comme plusieurs ministres avant vous ont pu le constater, ce Ministère est un bastion du conservatisme, surtout d'ailleurs dans tout ce qui touche de près ou de loin aux "Sciences Humaines", linguistique, pédagogie, philosophie, des sujets qui d'ailleurs m'intéressent de près. De plus, ce n'est pas exclu qu'on a bien voulu vous "laisser causer", comme font souvent les politiciens, mais sans aucune intention de donner suite. Bref, l'échec de votre démarche n'a rien de surprenant.

Cependant, si on suppose la bonne foi de votre interlocuteur, et sa capacité à favoriser des évolutions, alors on peut se dire qu'une meilleure argumentation aurait pu obtenir un résultat plus positif. De plus, les mêmes causes ayant les mêmes effets, votre argumentaire doit s'améliorer pour obtenir de meilleurs résultats. Selon moi, votre argumentation aurait dû s'enrichir des éléments suivants:

- Vous ne devriez pas hésiter à critiquer l'anglais sur une base linguistique: Comme toutes les langues naturelles, l'anglais est une langue profondément irrégulière, c'est-à-dire qu'il ne suffit pas de connaître quelques règles bien claires pour l'écrire, la parler et la comprendre correctement, sinon efficacement, la maîtrise de cette langue ne se fait que par une pratique qui s'acquiert de naissance, et qui n'est donc aisément accessible qu'aux anglo-saxons. Pour preuve, le livre récemment paru de J.P. Nerrière chez Eyrolles, "Parlez globish", qu'il faut lire très attentivement.

- Toujours concernant la suprématie de l'anglais, et sans nier toute la richesse et le dynamisme des civilisations anglo-saxonnes, on ne doit pas perdre de vue que cette suprématie est liée à celle des USA, qui a manifestement "du plomb dans l'aile", au moins à moyen terme, et qui de plus n'a pas vocation à favoriser l'Union Européenne. D'où, entre autres, les manoeuvres US jusqu'ici réussies pour faire entrer la Turquie dans l'Union.

- Enfin, concernant la particularité fondamentale de l'Esperanto, à savoir qu'il ne s'agit pas d'une langue naturelle, c.a.d formée au long des hasards historiques et des corruptions diverses par l'usage (par exemple en français oral les "liaisons euphoniques", ou dans toutes les langues les coexistences de mots locaux et de mots d'origine étrangère, sans délimitation claire des champs sémantiques) mais au contraire d'une langue pensée dès le départ pour être régulière et claire, il faudrait mieux en dégager les avantages:

- Sur le plan culturel, cette régularité éclaire les usagers de l'Esperanto sur les irrégularités de leur propre langue natale, et aussi celles des autres langues naturelles, et aide à mieux les maîtriser.

- Autre aspect culturel: La communauté espérantiste est d'abord linguistique, et non territoriale, ou ethnique, ce qui lui donne une originalité sans équivalent actuel (mais qui rappelle celle du latin ou du grec au Moyen Age).

- Et bien entendu, il serait beaucoup efficace que le monde entier apprenne l'Esperanto que l'anglais comme langue internationale, car cela ferait énormément d'heures utilisables à autre chose que de mémoriser les infinies et arbitarires particularités de cette langue, ou d'ailleurs de toute autre langue naturelle.

J'espère que ce courrier vous a intéressé, et vous sera utile.